lundi 7 novembre 2011

Dommes & al. (2011). Le rôle de la flexibilité mentale et du vocabulaire de jeunes et de personnes âgées dans la recherche d’informations sur internet.

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L’étude montre le rôle de la flexibilité mentale et du vocabulaire dans la recherche d’information sur internet (Google par exemple). Elle montre également les différences qu’il peut y avoir entre jeunes et personnes âgées sur la manière de rechercher une information, en expliquant ces différences d’un point de vue cognitif. Ils ont observé cela en regardant les mots clés utilisés, la reformulation et le temps passé à consulter les pages trouvées lors de neuf recherches à effectuer sur Google. Les plus vieux avaient de moins bons résultats (moins de bonnes réponses, en plus de temps). Les personnes âgées interagissaient peu avec le système de recherche, et avaient du mal à se sortir des recherches menant à des impasses en reformulant les requêtes infructueuses. Il semblerait que le vocabulaire plus important des personnes âgées ne les aide pas à compenser leur manque de flexibilité mentale dans la production de nouveaux mots-clés.


Les personnes âgées sont le groupe qui a une consommation d’internet la plus grandissante, ils partent d’une consommation très faible, et donc le pourcentage d’utilisation augmente forcément plus vite. Ils l’utilisent principalement pour faire de la recherche d’information et pour communiquer (mail, etc.). Des études comportementales ont déjà montrées que les personnes âgées étaient moins efficaces (en terme de qualité d’information trouvée et de quantité de temps passé) que les jeunes quand ils naviguent sur internet, ils interagissent moins avec le moteur de recherche, surtout lorsque les recherches sont une peu complexes, ou quand l’organisation du site a trop de niveaux à visiter.
Quand on fait une recherche par un moteur de recherche, type Google, on doit pouvoir générer des mots clés pertinents, puis évaluer la pertinence des résultats er sélectionner les sites que l’on veut visiter. Ca, c’est quand tout se passe bien. Si jamais la recherche ne donne pas de résultats satisfaisants, il faut reformuler la requête (partiellement, en enlevant, ajoutant ou changeant des mots clés, ou totalement).
Etant donné que l’intelligence fluide (les fonctions exécutives, dont la flexibilité) décline avec l’âge, alors que l’intelligence cristallisée (les savoirs, dont le vocabulaire) reste stable, on peut comprendre la difficulté des personnes âgées pour rebondir suite à une impasse de recherche, mais étant donné qu’ils ont un vocabulaire plus étendu et non altéré, on est en droit de se demander pourquoi ils n’utilisent pas ces connaissances pour contrebalancer leurs difficultés.

Ils ont donc demandé à des jeunes et à des personnes âgées d’effectuer des tâches de recherche d’information, du simple à l’impossible (pas de réponse existante, par exemple “quelle est la fréquence de Radio Santé ?” alors que cette radio n’existe pas), en passant par le complexe (c’est à dire qu’il faut reformuler les mots clés contenus dans la question pour arriver à la réponse) et ont mesuré le temps pris pour faire la tâche, depuis le lancement du navigateur jusqu’à sa fermeture, le pourcentage de réponses correctes, la vitesse de complétion de la tâche, le pourcentage de temps passé sur Google, comparé au temps passé sur les documents trouvés, le nombre de résultats ouvert par question, le nombre de requête et le nombre de mots clés (déjà présents dans la question et ceux reformulés). Ils ont pu ensuite comparer ces résultats aux résultats de tests sur la flexibilité mentale à proprement parler (Trail Making Test et Plus-Minus Test), et sur les capacités de vocabulaire (Raven Mill Hill Vocabulary scale)

Les tests montrent que les personnes âgées ont un vocabulaire plus étendu que les jeunes, mais une flexibilité mentale plus faible que les jeunes.
Sur les résultats de la tâche de recherche en soit, on remarque que les personnes âgées passent plus de temps sur Google et moins à inspecter les résultats (Figure 2), que les personnes âgées ouvrent moins de résultats, font moins de requête (figure 3) et que les personnes âgées utilisent autant de mots clés quand ils sont présents dans la consigne, mais en formulent moins de nouveaux (figure 4).




Les performances des personnes âgées sont donc inférieures à celles des jeunes, sur la recherche d’information sur internet. On peut expliquer ça par le fait que les jeunes ont appris la lecture spécifique à internet (qui suit une forme de F), ce que les personnes âgées ne maîtrisent pas. Les personnes âgées maîtrisent également moins les habilités de recherche visuelle, ont une vitesse motrice moindre et moins de ressources attentionnelles, toutes ces capacités étant utiles pour la recherche d’information. Les personnes âgées faisaient en général 2 requêtes, sans formuler de nouveaux mots-clés, alors que les jeunes faisaient plus de 2 requêtes et reformulaient avec de nouveaux mots. Cela prouve le déclin de flexibilité mentale (lié aux fonctions exécutives), et les mécanismes d’inhibitions (pour les mots clés initiaux). Le vocabulaire ne permet pas de compenser la perte de flexibilité mentale en cas d’impasse dans la recherche, cela les aide néanmoins à navigue dans les sites organisés autours des concepts.
Pour aider les personnes âgées dans leurs recherches, il faut donc leur proposer de choisir entre des mots, et non de leur laisser produire eux même les mots. On peut également les aider en proposant des questions pour affiner les recherches, identifier les impasses et proposer des alternatives adaptées à la situation. (On peut relier ça aux suggestions que fait Google lors de la frappe, ou aux résultats ignorés qu’on peut afficher, mais on remarque néanmoins que peu utilisent ces outils, donc il faudrait les redynamiser).

Source : Dommes, A., Chevalier, A., Lia, S. (2011). The Role of Cognitive Flexbility and Vocabulary Abilities of Younger and Older Users in Searching for Information on the Web. Applied Cognitive Psychology, 25, 717-726

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