mardi 9 novembre 2010

Brosch, T. & al. (2007). Au delà de la peur : orientation de l'attention rapide vers les stimuli positifs

Votre avis :  
Les théories de l'attention en lien avec l'émotion attestent à coup sûr qu'un stimulus négatif (comme la peur, par exemple) orientent notre attention. Personne n'avait trouvé de preuves comme quoi c'était la même chose pour les stimuli positifs (un visage heureux, par exemple). Le nombre de preuves disant même qu'il n'y avait pas un tel effet pour les stimuli positifs s'accumulaient même suffisamment pour émettre une théorie d'un module particulier de la peur qui serait lié à l'attention. Les auteurs viennent ici réfuter cette théorie et amener des preuves comme quoi il existe un tel effet pour les stimuli positifs, si tant est qu'ils aient la même importance philogénétique que les stimuli de peur.
Réagir à un stimuli de peur est expliqué de manière phylogénétique, il était essentiel de réagir vite à la peur, parce qu'avoir peur pouvait attenter à notre vie. Dans les études précédentes, le stimulus positif n'avait pas un tel enjeu. Ils ont donc cherché un stimulus positif avec autant d'importance phylogénétique pour utiliser ce qui est comparable...

Hypothèse
Il existe un système général de modulation de l'attention par l'émotion, quelque soit sa valence (positive ou négative):
  • "Une émotion positive est tout aussi capable de produire un changement rapide de l'attention qu'un stimulus négatif."

Matériel
Ils ont fait passé une dot-probe task à 20 étudiants (moyenne d'âge: 24 ans), dont 15 femmes, avec comme images d'amorce des visages adultes à expression neutre, des visages d'adultes en colère, et des images de bébés ressemblants aux standards du Kindchenschema (la liste des caractères qui font qu'un bébé a un effet positif sur les gens (ex. joues rondes, grands yeux, etc.))
Qu'est-ce que la dot-probe task?
La dot-probe task: On présente une croix au centre d'un écran, suivie par deux images, dont une connotée émotionnellement (positivement ou négativement), puis à nouveau la croix de fixation, puis un triangle soit sur le côté de l'image positive (condition valide) soit du côté de l'image neutre (condition invalide). On mesure le temps de réponse du sujet et le pourcentage d'erreurs. On demande au sujet de cliquer quand la flèche pointait vers le haut pour certains, et vers le bas pour d'autres.
 
Il y avait 8 essais avec les visages d'adultes en colère (présentées en même temps que les images d'adultes neutres) et 8 essais avec les visages de bébés (présentés en même temps que les images de bébés neutres). En tout, on faisait passer au participant 4 blocs de 160 essais (après 1 bloc de 12 essais d'entrainement).

On enregistre également les données par un EEG et une analyse ERP.

Résultats
  • Les sujets ont mieux su dire dans quel sens était le triangle si celui-ci était du côté de l'image positive que neutre.
  • Il n'y avait pas d'effet sur le type d'émotion véhiculée par les images (positive ou négative)
  • P1, la première onde enregistrée dans le cerveau, est plus importante quand on est dans la situation valide (le triangle du côté de l'image émotionnelle). Ce également pour chaque émotion prise indépendamment.
  • Pas de différence à l'ERP entre les types d'émotions
  • Il n'y a pas de différence entre les essais avec le bébé et les essais avec l'adulte en colère.
Discussion
Ils ont donc trouvé que l'attention se fixait plus facilement vers un stimulus chargé émotionnellement, comme toutes les autres études, mais que cela se faisait quelque soit la valence du stimulus (qu'il soit positif ou négatif), pour peu qu'on choisisse un stimulus positif aussi important phylogénétiquement que les images de peur: là est l'intérêt, s'il n'existe pas de différence entre les différentes valences d'émotions qui contrôlent l'attention, alors on peut penser qu'il existe bien un système global de contrôle de l'attention par l'émotion, c'est ce qu'a postulé les théories de l'apraisal. Surtout que, pour confirmer leurs propos, il semble que ce soit les mêmes structures qui soient impliquées dans la modulation de l'attention pour les deux types d'émotions. 


Source: Brosch, T.,  Sander, D., Pourtois, G., Scherer, K. R. (2007). Beyond Fear: Rapid Spatial Orienting Toward Positive Emotional Stimuli, in Psychological Science, 19 (4), 362-370

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