mardi 16 novembre 2010

Dapretto, M. & al. (2006). Comprendre les émotions des autres : les dysfonctionnements des neurones miroirs chez les autistes

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Les autistes ont des problèmes dans les tâches sociales, c'est bien connu. Un autiste a du mal à comprendre les émotions d'autrui notamment, il a du mal à adapter son comportement, à imiter, etc. Les tests diagnostiques (tels que l'ADI et l'ADOS) ont d'ailleurs une partie entière sur ces problèmes sociaux chez les autistes. Les auteurs ont trouvé un déficit du système de neurones miroirs (contenu dans la partie operculaire du gyrus frontal inférieur) chez les autistes.

Hypothèse
Les autistes ont une activation moindre des neurones miroirs et des structures limbiques quand ils observent ou imitent des visages émotionnellement saillants, par rapport à des enfants normaux. 

Matériel
10 sujets autistes de 12 ans, sans autre problème connu, ainsi que 10 enfants normaux, appariés selon l'âge et le QI ont passé l'expérience. L'expérience consistait à soit observer, soit imiter un visage présenté sur un écran pendant 2 secondes (avec 3 secondes de pause), tout en étant placé dans un IRMf.
Les stimuli étaient 80 visages humains d'hommes et de femmes représentant des émotions (peur, joie, tristesse, colère, dégout, neutralité). Ils étaient présentés une première fois lors d'un prétest à l'extérieur de l'IRMf, une seconde fois lors d'une première tâche (soit imitation, soit observation) dans l'IRMf, et une dernière fois lors du second passage dans l'IRMf (pour l'autre tâche).
On a observé les images IRMf du cerveau entier. On a récolté 96 images par sujet. (les 80 visages + 16 images pendant les croix de fixation nécessaires pour rediriger l'attention des enfants autiste vers les yeux).

Résultats
Activation des aires du cerveau pour les sujets normaux (control group), les autistes (ASD group) et différences d'activation entre les deux groupes. On voit bien l'activation plus importante du pars opercularis chez les sujets normaux.
  • Plus grande activation du Pars Opercularis (Partie operculaire du gyrus frontal inférieur) chez les sujets non autistes, pour l'observation comme pour l'imitation.
  • Plus grande activation du système limbique pour les sujets normaux, que ce soit pour l'observation ou l'imitation.
Discussion
La partie operculaire du gyrus frontal inférieur est connue pour être la zone siège des neurones miroirs. Un dysfonctionnement dans cette zone atteste donc d'un déficit de neurones miroirs. Les neurones miroirs étant pensés comme le substrat neuronal de l'empathie, les problèmes sociaux des autistes pourraient être expliqués par ces déficiences neuronales dans les neurones miroirs spécifiquement. Ceci couplé avec d'autres zones du cerveau, bien entendu, comme par exemple l'insula et l'amygdale, moins activés également, et qui font le lien avec les émotions.
Attention néanmoins à ne pas réduire la pathologie autistique au simple déficit de neurones miroirs!

Le fait que les autistes aient des problèmes de neurones miroirs est actuellement discuté dans la littérature et selon la tâche demandé, une activation est parfois observée dans d'autres études sur cette même zone des neurones miroirs.


Source: Dapretto, M., Davies, M. S., Pfeifer, J. H., Scott, A. A., Sigman, M., Bookheimer, S. Y.,  Iacoboni, M. (2006). Understanding emotions in others: mirror neuron dysfunction in children with autism spectrum disorders, in Nature Neuroscience, 9, 28-30

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