mercredi 13 avril 2011

Shamma, S. (2008). L'émergence et la prise de conscience des événements auditifs

Votre avis :  
Dans le champ de la recherche sur la vision, on s'est intéressé beaucoup à l'effet de l'attention, de la saillance des objets, aux extractions de détails, etc. En audition, on commence à peine à s'y intéresser, avec notamment le "cocktail party effect" (le fait que l'on puisse quand même discuter avec quelqu'un alors qu'il y a un énorme brouhaha environnant). Le problème, c'est qu'on s'est vite rendu compte qu'il y a une dimension en audition qu'il n'y a pas en vision: la temporalité. On ne peut pas juste imprimer un son comme une image sur la rétine, on pense plutôt cela comme un "flux" (stream), et on peut étudier ce qu'on fait sortir de ce flux (le son d'un instrument, une voix, tout comme des éléments comme la métrique d'un morceau de musique, le timbre d'un instrument particulier, etc.). On utilise notamment des bruits pour traduire un masquage des informations (l'amorçage). 

Nahum et al. (2008) ont développé une théorie intéressante en vision, que les auteurs transposent en audition: La Reverse Hierarchy Theory
Cette théorie postule que les premiers éléments arrivant au cerveau pour être traités sont des éléments de haut niveau, globaux, avec une résolution faible mais rapide. A ce stade, la décision est imprécise et non sensible aux détails. S'il n'y a pas de raison de douter de l'identification, alors pas besoin d'aller plus loin. Si par contre il y a un quelconque doute (des compétiteurs phonologiques par exemple), alors il y a un processus top-down qui s'active pour orienter l'attention vers des éléments plus précis, les détails, les indices, et ainsi différencier les objets. Si les indices sont cohérents avec ce qui avait été trouvé avec la perception globale, alors le processus est plus rapide et plus simple, autrement, il y a fragilisation de l'image qu'on se fait de l'objet et il y a besoin de focaliser sont attention afin de récupérer plus d'indices. Cette dernière phase est néanmoins instable et facilement dérangée par un changement d'attention. 

Mais à quel moment les indices sont-ils de haut niveau (globaux) et quand sont ils de bas niveau (précis)? 
En vision, c'est facile à dire, dès qu'on passe l'aire occipitale primaire, on passe dans de l'analyse de bas niveau, précise. Mais en audition, il y a de nombreuses étapes avant d'arriver à l'aire d'audition primaire. 

Une autre étude, de Gutschalk et al. (2008) va plus loin, et démontre des corrélats neuronaux de l'"awareness" d'un stimulus auditif au delà du coeur primaire du cortex auditif. Ils ont utilisé des séquences de rythmes qui étaient masquées par des bruits à la rythmique aléatoire, et ont regardé le moment où le rythme ressortait de la scène complexe. Le moment où le rythme ressortait corrélait avec une activation longue (50 à 250ms) qui indique qu'il y a conscience tardivement dans la perception. Ils ont appelé ça l'awareness related negativity. L'extraction des indices de bas niveau se ferait donc à partir du cortex auditif secondaire. 
Il reste encore beaucoup à découvrir sur les corrélats neuronaux de la perception auditive...

A cela, ils ajoutent quelques définitions utiles:
- Analyse de la scène auditive: La suite de processus qu'on utilise pour organiser et intégrer des sons complexes venant de différentes sources.
- Masque énergétique: un son empêche un autre d'être perçu parce qu'ils utilisent le même canal neuronal. On retrouve là ceux qui passent par les même filtres cochléaires.
- Masque informationnel: quand il n'y a pas les mêmes propriétés cochléaires 
- Détection de l'observateur idéal: l'observateur idéal serait celui qui arriverait à la meilleure performance possible, compte tenu des indices présents (c'est un modèle mathématique). 
- Liaison d'objet: le phénomène par lequel un objet est perçu comme unitaire, à partir de tous ses composants. 
- Flux: les flux sont les "objets" de l'audition, quand on compare aux objets visuels. Ils peuvent inclure le timbre, le tempo, la localisation et l'intensité. 


Source: Shamma, S. (2008). On the Emergence and Awareness Of Auditory Objects. Plos Biology, 6 (6), 1141-1143

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