jeudi 18 novembre 2010

Phelps, E. A., & al. (2006). L'émotion facilite la perception et aide l'orientation de l'attention

Votre avis :  
Est-ce que les émotions modifient ce que l'on voit? La réponse est "oui", selon cette étude...


L'attention est un processus qui permet de sélectionner les informations pertinentes qu'on va pouvoir traiter par la suite grâce à un autre processus cognitif. Là dessus, l'émotion, on le sait déjà, affecte la vitesse à laquelle l'information pertinente va être sélectionnée, évitant par exemple les  phénomènes de blindness dont on a déjà parlé (Rensink, 2000). 
Les études ont déjà déterminé que la région principale de l'émotion qui maîtrisait l'attention était l'Amygdale, qui peut renvoyer un feedback aux aires visuelles, et ainsi sélectionner ce qu'il vaut mieux voir. Cela ne va pas jusqu'à dire que l'on altère la vision pour autant. Il y a cependant un lien déjà établit sur le fait que l'attention, elle, peut améliorer la perception (on voit mieux et plus de choses quand on est attentif), ce parce qu'elle permet de changer le contraste des perceptions (augmentant le contraste de ce sur quoi on se focalise, par exemple).

Hypothèses
Les émotions interagissent avec l'attention pour moduler les stades les plus précoces de la perception visuelle. Plus particulièrement quand la cible de l'attention est une image de peur.

Ils vont utiliser deux expériences. La première, pour savoir si l'émotion influence les perceptions précoces, indépendamment de l'attention. La deuxième, pour savoir comment elle joue avec l'attention pour modifier le contraste des informations perceptives. 

Expérience 1: Est-ce que l'émotion 
améliore la perception ?

Dans cette expérience, ils ont manipulé la valence des stimuli, c'est à dire la puissance de l'émotion qu'ils produisaient. Les stimuli étaient soient effrayants, soit neutres. Si l'émotion améliore la perception, quelque soit le processus attentionnel, l'hypothèse est que les visages de peur auront des seuils de contraste moins élevés que les visages neutres.

Méthode - Expérience 1
14 étudiants New-Yorkais ont participé à l'étude. Il y avait sur un écran un carré toujours présent, comme point de fixation, et 4 images qui apparaissaient simultanément. Une était la cible, les autres étaient distractrices. La cible était penchée (8°) alors que les autres visages étaient verticaux. Il y avait 11 visages de peur et 11 visages neutres, chaque visage effrayé était également représenté avec l'émotion neutre. Il y avait 6 visages de femmes et 5 visages d'hommes.
Le point de fixation apparaissait pendant 500 ms, puis venait un visage de peur ou neutre présenté pendant 75 ms, puis un écran avec juste le point de fixation pendant 50 ms, puis enfin les 4 cibles pendant 40 ms. Les sujets devaient répondre si le visage était penché vers la droite ou la gauche. Il y avait 10 blocs de 120 essais chacun. 

Résultats - Expérience 1
  • Si un visage de peur était présenté en amorce, alors les sujets avaient une diminution du seuil de contraste pour les images venant ensuite. Autrement dit, le niveau de contraste nécessaire pour déterminer l'orientation était inférieur si le stimulus priming était un stimulus de peur.
  • La présence d'un visage de peur augmente la sensibilité au contraste (autrement dit diminue le seuil). 
Ceci est la première démonstration que l'émotion altère la vision, et affecte donc bien la manière dont les gens voient. 

Expérience 2: Est-ce que l'émotion interagit 
avec l'attention pour affecter les processus de vision?

Hypothèses
Ils s'attendent à ce que quand l'amorce du visage est présentée de manière focalisée dans un coin de l'écran, il y aura des seuils de contraste moins élevés que quand c'est une présentation distribuée dans tous les cadrans de l'écran.
Si l'émotion interagit avec l'attention pour affecter la vision, alors l'effet de l'émotion sur le seuil de contraste (les résultats de l'exp 1) sera différent selon l'attention employée (distribuée ou focalisée).

Matériel
Schéma de l'écran d'amorçage, pour la condition en attention focalisée ou en attention distribuée.
Ils ont reprit le même matériel que l'expérience 1, à savoir des visages soit émotionnellement parlant, soit neutres, qu'ils ont présentés en amorce soit dans un coin de l'écran, soit au centre, en en mettant 4 identiques (c'est là que ça diffère). Il y avait 6 sujets. Ils devaient toujours dire quelle cible était orientée non verticalement le plus rapidement possible. Les visages en priming étaient toujours présentés soit à l'endroit, soit à l'envers (condition contrôle où l'émotion n'est plus reconnaissable). Les SOA, ISI, etc. étaient les mêmes que dans l'expérience 1. On demandait toujours aux sujets de fixer la croix au centre tout au long de l'expérience. Il y avait 40 essais par condition, donc 320 essais au total par passation (8 conditions: les visages neutres vs de peur; l'attention focalisée vs distribuée; le visage droit ou inversé!)

Résultats
  • Le seuil de contraste (il faut toujours m'expliquer ce que ça veut dire...) est plus faible pour l'attention focalisée que distribuée.
  • Ils ont retrouvé l'effet de l'émotion du visage sur le seuil de contraste, comme pour l'exp. 1.
  • Il y avait un effet plus grand de l'émotion pour l'attention focalisée que l'attention distribuée. La sensibilité est donc la plus grande pour l'émotion en attention focalisée.
  • L'émotion n'oriente l'attention que pour les visages dans le bon sens, par pour les visages inversés.

Discussion
A la fois l'émotion et l'attention augmentent l'activité des zones visuelles. Pour l'émotion, ce serait une influence Feedforward de l'amygdale. Dans le cas de l'attention, ce serait une influence du réseau fronto-pariétal ventral, autrement dit la jonction temporo pariétale et cortex frontal ventral.
L'émotion ne fait pas que s'ajouter à l'attention pour augmenter la sensibilité de la vision, l'émotion vient renforcer les potentialisations provoquées par l'attention.
Il semblerait que l'amygdale ait des afférences directes avec le gyrus fusiforme (responsable de la perception des visages), étant donné que le gyrus fusiforme répond aux visages de peur plus fortement qu'aux visages neutres.



Source: Phelps, E. A., Ling, S., Carrasco, M. (2006). Emotion Facilitates Perception and Potentiates the Perceptual Benefits of Attention, in Psychological Science, 17 (4), 292-299

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