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vendredi 26 novembre 2010

Finkbeiner, M. & al. (2008). Utiliser un système moteur pour étudier l'amorçage orthographique inconscient

Dans cette expérience, les sujets ont catégorisés des mots cibles, selon qu'ils faisaient plus penser à du vert (petits pois) ou à du rouge (fraise), grâce à une tâche de pointage du doigt. Ils avaient inclus des amorces qui étaient soit "rouge" soit "vert". Ils ont trouvé que la courbure des trajectoires de pointage était plus grande quand le mot cible était incongruent avec l'amorce (vert - SANG) que quand il suivait des amorces congruentes.
Il y a une augmentation de l'activité cérébrale dans la zone du cortex moteur située du côté opposé à la cible, dans le cas d'amorces incongruentes. Cela signifie que les amorces subliminales peuvent moduler l'activité électrique du cortex moteur. 

Il a déjà été montré que les processus perceptifs et les processus de formulation de réponse étaient continuent pour des stimuli conscients, mais ps encore pour les stimuli inconscients. Pour voir s'il y avait une réponse du cortex moteur avec des amorces inconscientes, ils ont utilisé l'analyse du mouvement du bras. Ils ont fait attention avec leur matériel à bien choisir leur ISI, parce qu'ils ont vu que plus les participants avaient du temps pour traiter le stimulus amorce, plus leur trajectoire de pointage était incurvé vers la mauvaise cible (dans le cas de situation congruente ou le prime a un rapport avec la cible). Cela agirait comme une "inhibition retour" sémantique, où il serait plus difficile d'aller vers les mots qui ressemblent à ceux qu'on a déjà vu en amorce.

Dans leur expérience, ils ont utilisé une procédure de présentation de l'amorce qui empêche d'en prendre conscience. 
La courbure des trajectoires de pointage des participants était plus grande dans la condition incongruente. Les participants étaient donc à même de programmer leur réponse en fonction de l'amorce, du côté de celle-ci, ce qu'ils devaient corriger en cours de pointage si la situation était en fait incongruente. Avec les ISI choisis, ils ont donc rétabli un effet normal où le participant est attiré vers la cible en rapport avec l'amorce. 

Expérience 1

Méthode
7 participants droitiers ont fait une tâche de catégorisation de mots qui étaient présentés sur un écran noir, en blanc. La catégorisation était de dire si la couleur de ce que les mots représentaient était verte ou rouge. (ex: sang ou concombre). Ils devaient pointer vers le carré rouge ou vert de l'écran. Avant ce mot, il y avait une amorce (soit rouge soit vert) dont le participant n'était pas avisé.
Ils avaient dix mots cibles (5 se rapportant au vert et 5 au rouge). Les mots amorces étaient "rouge" ou "vert". Ils ont contrôlé les variables de fréquence, de longueur, etc. Dans chaque condition (congruent, incongruent et neutre), chaque mot apparaissait 4 fois pour un total de 120 essais. Ils avaient une phase d'entrainement sur 30 essais.
Chaque essai était constitué d'un masque de 500ms, puis le mot amorce pendant 30ms, puis un masque pour 10ms et la cible pendant 2 sec ou jusqu'à ce qu'une réponse soit donnée. Ils avaient mit un ISI de 2 sec pendant lequel apparaissait le mot "loading". 

Résultats
Le temps de réaction est définie à partir du moment où la vitesse de la main dépassait un seuil de 10cm/s et le temps total est définie comme l'intervalle entre le début d'affichage de la cible et la fin du pointage. La Courbure maximale est définie comme le point le plus éloigné par rapport à la trajectoire linéaire. Ils ont enlevé les réponses fausses (4%) et les réponses trop rapides (<100ms)
  • Ils ont observé un effet significatif du type d'amorce sur la courbure maximale: la condition incongruente avait un maximum plus grand que la condition neutre et que la condition congruente. Néanmoins, pas de différences n'ont été observées entre la condition congruente et neutre.
  • Ils ont observé un effet significatif du type d'amorce sur le temps total mais pas sur le temps de réaction: Les réponses étaient plus lentes dans la condition incongruente que pour la condition neutre et congruente. Il n'y avait pas de différence entre la condition congruente et neutre.

Expérience 2

Dans cette expérience, ils ont fait varié la durée de présentation de l'amorce, afin de savoir si les résultats n'étaient pas dû à une prise de conscience de l'amorce. Ils voulaient également préciser les effets de congruences pour des valeurs de présentation de l'amorce élevés (on a dit plus haut que quand l'amorce était présentée longtemps, les temps sur la condition congruentes étaient augmentés).

Méthode
7 participants droitiers ont fait la même tâche que dans l'expérience 1, sauf qu'ils n'utilisaient pas un mouvement de la main, mais le mouvement d'un stylo sur une tablette. Ils faisaient 240 essais au total, 30 congruents et 30 incongruents pour chacune des 4 durées de présentation des amorces (10ms, 20ms, 30ms, 40ms). Il n'y avait pas d'amorce neutre cette fois-ci. 
La tâche de catégorisation de l'amorce était faite sur un clavier avec la main gauche. Les participants ne devaient pas répondre avant que n'apparaisse le point d'interrogation, 1 seconde après l'apparition de la cible. 

Résultats
Ils ont à nouveau supprimé les réponses fausses (2,3%) et ceux qui réagissaient trop vite (<100ms). 
  • La courbure maximale augmentait dans la condition incongruente plus le temps de présentation de l'amorce était long.
  • Les temps de réaction ne montraient aucune différence mais le temps total correspondait aux observations sur la courbure maximale: un effet significatif de l'amorce était observé, avec des temps totaux plus longs pour la condition incongruente pour la condition à 40ms (mais pas pour les autres)
 Discussion
Ils ont pu observer les résultats connus sur les processus de catégorisation avec une nouvelle méthode: l'analyse de la réponse motrice. Les résultats ont montré que la congruence entre l'amorce et la cible oriente le mouvement dans une direction: celle de la couleur de l'amorce, ce qu'il faut ensuite corrigé si on est en situation incongruente, et qui explique l'augmentation des temps de réponse totaux et le maximum de la courbure.


Source: Finkbeiner, M. & al. (2008). Engaging the motor system with masked orthographic primes: A kinematic analysis, in Visual Cognition, 16 (1), 11-22

jeudi 18 novembre 2010

Phelps, E. A., & al. (2006). L'émotion facilite la perception et aide l'orientation de l'attention

Est-ce que les émotions modifient ce que l'on voit? La réponse est "oui", selon cette étude...


L'attention est un processus qui permet de sélectionner les informations pertinentes qu'on va pouvoir traiter par la suite grâce à un autre processus cognitif. Là dessus, l'émotion, on le sait déjà, affecte la vitesse à laquelle l'information pertinente va être sélectionnée, évitant par exemple les  phénomènes de blindness dont on a déjà parlé (Rensink, 2000). 
Les études ont déjà déterminé que la région principale de l'émotion qui maîtrisait l'attention était l'Amygdale, qui peut renvoyer un feedback aux aires visuelles, et ainsi sélectionner ce qu'il vaut mieux voir. Cela ne va pas jusqu'à dire que l'on altère la vision pour autant. Il y a cependant un lien déjà établit sur le fait que l'attention, elle, peut améliorer la perception (on voit mieux et plus de choses quand on est attentif), ce parce qu'elle permet de changer le contraste des perceptions (augmentant le contraste de ce sur quoi on se focalise, par exemple).

Hypothèses
Les émotions interagissent avec l'attention pour moduler les stades les plus précoces de la perception visuelle. Plus particulièrement quand la cible de l'attention est une image de peur.

Ils vont utiliser deux expériences. La première, pour savoir si l'émotion influence les perceptions précoces, indépendamment de l'attention. La deuxième, pour savoir comment elle joue avec l'attention pour modifier le contraste des informations perceptives. 

Expérience 1: Est-ce que l'émotion 
améliore la perception ?

Dans cette expérience, ils ont manipulé la valence des stimuli, c'est à dire la puissance de l'émotion qu'ils produisaient. Les stimuli étaient soient effrayants, soit neutres. Si l'émotion améliore la perception, quelque soit le processus attentionnel, l'hypothèse est que les visages de peur auront des seuils de contraste moins élevés que les visages neutres.

Méthode - Expérience 1
14 étudiants New-Yorkais ont participé à l'étude. Il y avait sur un écran un carré toujours présent, comme point de fixation, et 4 images qui apparaissaient simultanément. Une était la cible, les autres étaient distractrices. La cible était penchée (8°) alors que les autres visages étaient verticaux. Il y avait 11 visages de peur et 11 visages neutres, chaque visage effrayé était également représenté avec l'émotion neutre. Il y avait 6 visages de femmes et 5 visages d'hommes.
Le point de fixation apparaissait pendant 500 ms, puis venait un visage de peur ou neutre présenté pendant 75 ms, puis un écran avec juste le point de fixation pendant 50 ms, puis enfin les 4 cibles pendant 40 ms. Les sujets devaient répondre si le visage était penché vers la droite ou la gauche. Il y avait 10 blocs de 120 essais chacun. 

Résultats - Expérience 1
  • Si un visage de peur était présenté en amorce, alors les sujets avaient une diminution du seuil de contraste pour les images venant ensuite. Autrement dit, le niveau de contraste nécessaire pour déterminer l'orientation était inférieur si le stimulus priming était un stimulus de peur.
  • La présence d'un visage de peur augmente la sensibilité au contraste (autrement dit diminue le seuil). 
Ceci est la première démonstration que l'émotion altère la vision, et affecte donc bien la manière dont les gens voient. 

Expérience 2: Est-ce que l'émotion interagit 
avec l'attention pour affecter les processus de vision?

Hypothèses
Ils s'attendent à ce que quand l'amorce du visage est présentée de manière focalisée dans un coin de l'écran, il y aura des seuils de contraste moins élevés que quand c'est une présentation distribuée dans tous les cadrans de l'écran.
Si l'émotion interagit avec l'attention pour affecter la vision, alors l'effet de l'émotion sur le seuil de contraste (les résultats de l'exp 1) sera différent selon l'attention employée (distribuée ou focalisée).

Matériel
Schéma de l'écran d'amorçage, pour la condition en attention focalisée ou en attention distribuée.
Ils ont reprit le même matériel que l'expérience 1, à savoir des visages soit émotionnellement parlant, soit neutres, qu'ils ont présentés en amorce soit dans un coin de l'écran, soit au centre, en en mettant 4 identiques (c'est là que ça diffère). Il y avait 6 sujets. Ils devaient toujours dire quelle cible était orientée non verticalement le plus rapidement possible. Les visages en priming étaient toujours présentés soit à l'endroit, soit à l'envers (condition contrôle où l'émotion n'est plus reconnaissable). Les SOA, ISI, etc. étaient les mêmes que dans l'expérience 1. On demandait toujours aux sujets de fixer la croix au centre tout au long de l'expérience. Il y avait 40 essais par condition, donc 320 essais au total par passation (8 conditions: les visages neutres vs de peur; l'attention focalisée vs distribuée; le visage droit ou inversé!)

Résultats
  • Le seuil de contraste (il faut toujours m'expliquer ce que ça veut dire...) est plus faible pour l'attention focalisée que distribuée.
  • Ils ont retrouvé l'effet de l'émotion du visage sur le seuil de contraste, comme pour l'exp. 1.
  • Il y avait un effet plus grand de l'émotion pour l'attention focalisée que l'attention distribuée. La sensibilité est donc la plus grande pour l'émotion en attention focalisée.
  • L'émotion n'oriente l'attention que pour les visages dans le bon sens, par pour les visages inversés.

Discussion
A la fois l'émotion et l'attention augmentent l'activité des zones visuelles. Pour l'émotion, ce serait une influence Feedforward de l'amygdale. Dans le cas de l'attention, ce serait une influence du réseau fronto-pariétal ventral, autrement dit la jonction temporo pariétale et cortex frontal ventral.
L'émotion ne fait pas que s'ajouter à l'attention pour augmenter la sensibilité de la vision, l'émotion vient renforcer les potentialisations provoquées par l'attention.
Il semblerait que l'amygdale ait des afférences directes avec le gyrus fusiforme (responsable de la perception des visages), étant donné que le gyrus fusiforme répond aux visages de peur plus fortement qu'aux visages neutres.



Source: Phelps, E. A., Ling, S., Carrasco, M. (2006). Emotion Facilitates Perception and Potentiates the Perceptual Benefits of Attention, in Psychological Science, 17 (4), 292-299

mardi 9 novembre 2010

Brosch, T. & al. (2007). Au delà de la peur : orientation de l'attention rapide vers les stimuli positifs

Les théories de l'attention en lien avec l'émotion attestent à coup sûr qu'un stimulus négatif (comme la peur, par exemple) orientent notre attention. Personne n'avait trouvé de preuves comme quoi c'était la même chose pour les stimuli positifs (un visage heureux, par exemple). Le nombre de preuves disant même qu'il n'y avait pas un tel effet pour les stimuli positifs s'accumulaient même suffisamment pour émettre une théorie d'un module particulier de la peur qui serait lié à l'attention. Les auteurs viennent ici réfuter cette théorie et amener des preuves comme quoi il existe un tel effet pour les stimuli positifs, si tant est qu'ils aient la même importance philogénétique que les stimuli de peur.
Réagir à un stimuli de peur est expliqué de manière phylogénétique, il était essentiel de réagir vite à la peur, parce qu'avoir peur pouvait attenter à notre vie. Dans les études précédentes, le stimulus positif n'avait pas un tel enjeu. Ils ont donc cherché un stimulus positif avec autant d'importance phylogénétique pour utiliser ce qui est comparable...

Hypothèse
Il existe un système général de modulation de l'attention par l'émotion, quelque soit sa valence (positive ou négative):
  • "Une émotion positive est tout aussi capable de produire un changement rapide de l'attention qu'un stimulus négatif."

Matériel
Ils ont fait passé une dot-probe task à 20 étudiants (moyenne d'âge: 24 ans), dont 15 femmes, avec comme images d'amorce des visages adultes à expression neutre, des visages d'adultes en colère, et des images de bébés ressemblants aux standards du Kindchenschema (la liste des caractères qui font qu'un bébé a un effet positif sur les gens (ex. joues rondes, grands yeux, etc.))
Qu'est-ce que la dot-probe task?
La dot-probe task: On présente une croix au centre d'un écran, suivie par deux images, dont une connotée émotionnellement (positivement ou négativement), puis à nouveau la croix de fixation, puis un triangle soit sur le côté de l'image positive (condition valide) soit du côté de l'image neutre (condition invalide). On mesure le temps de réponse du sujet et le pourcentage d'erreurs. On demande au sujet de cliquer quand la flèche pointait vers le haut pour certains, et vers le bas pour d'autres.
 
Il y avait 8 essais avec les visages d'adultes en colère (présentées en même temps que les images d'adultes neutres) et 8 essais avec les visages de bébés (présentés en même temps que les images de bébés neutres). En tout, on faisait passer au participant 4 blocs de 160 essais (après 1 bloc de 12 essais d'entrainement).

On enregistre également les données par un EEG et une analyse ERP.

Résultats
  • Les sujets ont mieux su dire dans quel sens était le triangle si celui-ci était du côté de l'image positive que neutre.
  • Il n'y avait pas d'effet sur le type d'émotion véhiculée par les images (positive ou négative)
  • P1, la première onde enregistrée dans le cerveau, est plus importante quand on est dans la situation valide (le triangle du côté de l'image émotionnelle). Ce également pour chaque émotion prise indépendamment.
  • Pas de différence à l'ERP entre les types d'émotions
  • Il n'y a pas de différence entre les essais avec le bébé et les essais avec l'adulte en colère.
Discussion
Ils ont donc trouvé que l'attention se fixait plus facilement vers un stimulus chargé émotionnellement, comme toutes les autres études, mais que cela se faisait quelque soit la valence du stimulus (qu'il soit positif ou négatif), pour peu qu'on choisisse un stimulus positif aussi important phylogénétiquement que les images de peur: là est l'intérêt, s'il n'existe pas de différence entre les différentes valences d'émotions qui contrôlent l'attention, alors on peut penser qu'il existe bien un système global de contrôle de l'attention par l'émotion, c'est ce qu'a postulé les théories de l'apraisal. Surtout que, pour confirmer leurs propos, il semble que ce soit les mêmes structures qui soient impliquées dans la modulation de l'attention pour les deux types d'émotions. 


Source: Brosch, T.,  Sander, D., Pourtois, G., Scherer, K. R. (2007). Beyond Fear: Rapid Spatial Orienting Toward Positive Emotional Stimuli, in Psychological Science, 19 (4), 362-370

lundi 25 octobre 2010

Ewbank, M. P. & al. (2009). La réponse de l'amygdale cérébrale aux images fortes

La réponse de l'amygdale à une image émotionnellement forte varie selon plusieurs facteurs
On a longtemps considéré dans les recherches sur l'émotion que seules étaient pertinentes les notions d'Arousal et de Valence. L'Arousal, pour le rappeler, est la force du stimulus émotionnel. La Valence est le caractère positif ou négatif émotionnellement du stimulus. Cet article propose de considérer d'autres facteurs qui seraient impliqués dans la plus ou moins grande activation de l'amygdale, responsable des émotions. Les facteurs proposés sont la signification et la pertinence du stimulus. Ces facteurs font partie d'une théorie nouvelle de l'émotion, qu'on appelle théorie de l'évaluation (appraisal theory).
Les auteurs se sont donc intéressés à la notion d'impact, et ont cherché à mesurer l'impact plus ou moins fort d'images catégorisées selon ces différents facteurs.

Hypothèses
  • La réponse amygdalienne pour des images négatives à impact fort sera meilleure que pour des images négatives à impact faible. 
  • Au contraire, s'il n'y a pas d'autres facteurs que l'arousal et la valence, alors, vu que le matériel est fixé sur ces valeurs, la réponse amygdalienne sera identique pour l'impact fort et l'impact faible d'une image négative.

Matériel
24 sujets, dont 14 femmes, tous droitiers, d'âge moyen 26 ans (âgé entre 19 et 41 ans), avec une bonne vue (normale ou corrigée) ont participés à l'étude.
30 images à impact fort et 30 images à impact faible ont été sélectionnées dans un set de 213 images déjà disponibles (dont 55 prises dans la base de données du Système International des Images Affectives (IAPS), et ont été pré-évalués selon leur arousal, leur valence, leur distingabilité visuelle, leur complexité, leur approch/avoidance (?) et leur impact. Ils ont également ajouté 30 images neutres, 30 images "bouche trou" sur lesquelles aucune donnée n'était reccueillie (quel intérêt?) et 30 images inversées. L'idée était d'avoir des images qui ne variaient que par leur impact, et non par leur valence, leur arousal, ou quoique ce soit d'autre. Ils ont donc fait les prétests nécessaires et obtenu les résultats si contre. Ils ont également contrôlé le degré de luminosité, le contraste, et toutes les propriétés internes à l'image qui auraient pu faire changer quoique ce soit sur les résultats.

Une image appraissait pour 1000 ms, suivie de 2500 ms d'un écran blanc avec une croix au centre. La tâche du sujet était d'appuyer sur un bouton quand une image inversée apparaissait. Ils ont en même temps mis les sujets dans un IRMf. 

Résultats
  • La réponse de l'amygdale est significativement plus sensible aux images à impact fort qu'aux images neutres. Ce que ce soit dans l'amygdale gauche, droite ou l'hippocampe antérieur.
  • La réponse de l'amygdale gauche augmente légèrement pour les images à impact faible que pour les images neutres.
  • La réponse de l'amygdale gauche augmente pour les images à impact fort par rapport aux images à impact faible.
  • Il y a eu une augmentation de l'activation du cortex occipitotemporal pour les images à impact fort. Cela inclut les régions du cortex occipital latéral et du gyrus fusiforme postérieur, des zones impliquées dans la réponse émotionnelle et la focalisation de l'attention. 
  • Activation également de la jonction temporo-pariétale pour les images à fort impact, zone qui dirige également l'attention.

Discussion
Cette étude est la première à montrer une différence d'activation de l'amygdale entre des images négatives à même valeur d'Arousal et de Valence. Cela suggère dont bien l'existence d'autres facteurs influençant la réponse émotionnelle de l'amygdale, mais on ne peut pas déterminer combien il y en a, ils en ont juste proposé deux. 
L'amygdale pourrait contribuer à évaluer et à établir la signification d'un stimulus émotionnel. (Sander et al., 2003)
Il est possible que certaines zones de l'amygdale soient dévoluent plus à l'arousal et d'autres zones à d'autres facteurs d'évaluation. Il est également possible que les différents facteurs ne soient pas traités au même moment dans l'amygdale, mais l'IRMf n'est pas suffisamment bon temporellement parlant pour le voir.
Ils ont également observé une réponse de la conductance de la peau en réaction aux stimulus à fort et faible impact. Un autre moyen de vérifier les résultats de cette expérience.

Conclusion
Les images avec un impact plus ou moins fort activent d'autant les régions de la jonction temporo-pariétale, responsable de l'orientation de l'attention et l'amygdale, responsable de la réponse émotionnelle en elle même.
Néanmoins, la réponse de l'amygdale n'est pas seulement due à l'arousal et à la valence, étant donné que ces facteurs étaient fixés dans cette expérience.


Source: Ewbank, M. P., Barnard, P. J., Croucher, C. J., Ramponi, C. & Calder, A. J. (2009). The amygdala response to images with impact, in SCAN

dimanche 29 août 2010

Lechevalier, B. (2006). Le cerveau de Mozart - La perception des hauteurs

Nous avons déjà parlé du premier chapitre de ce livre. Je vais donc continuer avec le second chapitre. Il y fait un rappel des données physiologiques de l'audition, en rappelant la composition de l'oreille. Ce qu'on peut retenir sur la suite est néanmoins qu'il parle de la notion de "contours" (par Deutsch, D., 1977) et de hauteur.

Contours et Hauteurs. 
Perretz (1990) aurait identifiée les zones de traitement de ces deux notions musicales: le contours, qui est la perception de la musique globale, de la mélodie, se ferait par l'hémisphère droit et celle des hauteurs (percevoir une note), par l'hémisphère gauche (cunéus et précunéus (aires 18 et 19 de Brodmann), gyrus frontal supérieur (aires 8 et 9) et gyrus temporal supérieur (aire 22). Parfois aussi la région occipitale gauche (de la vision), interprétée comme une représentation imagée de la hauteur sur une échelle de valeur interne). 
 
Courbe de fréquence pour un "Si grave" de Saxophone Ténor.

Pour la perception à proprement parler, il est intéressant de noter la notion développée de l'isotonie et de la tonotopie. La tonotopie correspond au fait que chaque cil dans l'oreille répond à une fréquence précise, et que selon la disposition des cils entre eux, il va y avoir également une information spatiale qui va pouvoir passer.  Par exemple, pour la perception des sons graves, cela se situe dans ce qu'on appelle l'Apex, et pour les sons aigus, dans la base du canal.. Le son passe entre les deux par tous les cils, et si la fréquence du cil est présente dans le son, il va réagir et envoyer au cerveau une information. Le cerveau reçoit donc un ensemble d'informations nerveuses correspondant à la courbe de fréquence de ce qui a été entendu. L'isotonie est le phénomène qui intervient ensuite, une fois que les terminaisons nerveuses des cils sont arrivées au cortex auditif. Le phénomène est similaire: on a pour chaque fréquence un neurone particulier qui est lié au cil.

L'attention musicale
Il existe un phénomène particulier très étudié: le cocktail party effect (Efron, 1983). Le principe est simple: vous êtes dans une soirée, la musique à fond, et tout le monde qui parle autours de vous. Curieusement, dans tout ce brouhaha ambiant, vous arrivez quand même à entretenir une conversation avec celui qui vous interpelle. Comment c'est possible? Par l'intervention de ce qu'on appelle la Cochlée, ou les cellules ciliées externes (les mêmes qui font qu'on entend parfois des sons alors qu'il n'y en a pas), liés directement au pole temporal. 
C'est notamment cette capacité que les Chefs d'orchestres doivent développer principalement, afin de discriminer les sons de chaque instrument dans la globalité et même la présence de la moindre fausse note, et qui l'a faite dans l'assemblée.

L'oreille Absolue
Définition: selon Zattore (1989), c'est "la capacité à identifier en dénommant les notes la hauteur d'un grand nombre de sons musicaux et à produire la hauteur exacte d'une note sans recourir à une note de référence.".
L'oreille absolue viendrait d'une zone du lobe temporal postérieur (à l'arrière du crane) et supérieure (au dessus). On appelle cette zone le Planum temporal. 
Elle serait présente principalement chez les musiciens qui ont entendu de la musique depuis leur plus jeune âge. Souvent, on pense ce don comme la capacité d'avoir toujours à l'intérieur de soi une sorte de note de référence (par exemple, on sait ce qu'est un LA 3 (440Hz)). C'est le cas pour certains, mais c'est une forme qu'on appelle non pas oreille absolue, mais quasi absolue. Pour l'oreille absolu, il n'y a pas besoin de référence à une note de base par rapport à laquelle on compare celle qu'on entend, on sait directement quelle est la note entendue, sans délai! 
Il existe également le phénomène inverse: l'impossibilité d'être juste. On ne peut chanter juste, on ne peut produire un  son juste, même si le son à reproduire est entendu en même temps, et on ne peut maintenir la voix, elle va vaciller. On appelle ça un problème "d'ajustement tonal des hauteurs" (Paperman, Vincent et Dumas).


Source: Lechevalier, B. (2006). Le cerveau de Mozart. Odile Jacob: Paris

samedi 31 juillet 2010

Rensink, R. A. (2000). Quand les bons observateurs échouent : la cécité au changement (change blindness) et la cécité inattentif (inattentional blindness) dans la perception visuelle

Dans cet article, R. A. Rensink aborde deux éléments intéressants pour la psychologie de l'attention. Ces deux éléments sont le Change Blindness et l'Inattentionnal Blindness. Il parle également des implications de ces deux phénomènes pour l'attention visuelle.

Change Blindness (Aveuglement au changement):
Ce premier type d'aveuglement concerne des changements qui ont lieu après une période de désinvestissement. Lorsqu'un stimuli change après que nous ayons tourné les yeux, ou après que nous ayons été aveuglé (par un écran noir par exemple) pendant un court instant. Ce phénomène est utilisé notamment par certains jeux, lorsqu'on nous demande de retenir des objets sur une table, qu'on cache la table et qu'on nous demande quels objets ont changé. La tâche est très difficile. C'est à cause de ce phénomène de l'attention très particulier: le Change Blindness.

Inattentional Blindness (Aveuglement d'inattention):
Si vous avez fait un IB, vous n'avez pas vu la faute...

Nous connaissons les phénomènes d'attention. L'attention agit comme un faisceau pour concentrer les ressources cognitives vers une source précise qui va être alors traiter de manière approfondie alors que les autres informations sont traitées de manière superficielle, voir même non-consciente (Nous reviendrons sûrement là dessus dans un autre article). Le phénomène curieux d'IB nous dit que si notre attention est dirigée pour attendre un certain élément, alors nous aurons des difficultés à enregistrer l'apparition d'un élément non attendu. Nous pouvons penser à un exemple tout simple de ce phénomène: la lecture en diagonale. Lorsqu'on lit en diagonale, c'est à dire rapidement, on a tendance à utiliser des "trucs" pour ne pas lire toute la phrase. L'un de ces trucs est notamment de savoir avant même de les lire les mots qui suivent habituellement un début de phrase. Si je vous dis "le ciel est" vous penserez à "bleu" avant même d'avoir pu voir ce qu'il y avait d'écrit ensuite. Tout va bien si la phrase se termine par bleu, alors votre lecture rapide ne vous aura pas desservi. Qu'en est-il si jamais la phrase se terminait en fait par "moutonneux"? La technique de lecture rapide tendrait à ne pas vous faire rendre compte que le ciel n'était pas bleu mais était en fait moutonneux. Vous continueriez alors de lire sans vous soucier d'avoir rater un élément de la phrase. Bien entendu, ce n'est pas d'une gravité absolue dans cet exemple (bien que ça puisse amener à des problèmes de compréhension), mais c'est un phénomène que l'on retrouve partout et qu'on appelle Inattentional Blindness, ou IB. Il s'agit du phénomène qui va vous empêcher de voir un élément apparaitre là où vous vous attendiez à en voir un autre.

Visual Experience :
Pour palier aux deux phénomènes sus-mentionnés et pouvoir quand même intégrer les perceptions visuelles et pouvoir les traiter alors qu'elles ont soit changé soit ne sont pas conforme à ce qu'on attend, il faut utiliser l'attention focalisé (qui contrebalance l'effet CB). Des expériences sont encore à faire pour comprendre comment l'on pallie à l'IB, grâce à quel type d'attention? C'est en tout cas grâce à l'attention que l'on pallie aux problèmes d'inattention, bien entendu.

Un exemple édifiant: Comptez le nombre de passes entre les joueurs blancs dans cette vidéo:
http://www.youtube.com/watch?v=Ahg6qcgoay4&feature=player_embedded


Source: Rensink R.A. (2000). When Good Observers Go Bad : Change Blindness, Inattentional Blindness, and Visual Experience, In Psyche, 6(09)